• Années 1880

    Histoires sans paroles

    Printemps 1885 - Martial & Léonie

    Chapitre 1 - Chapitre 2Chapitre 3Chapitre 4Chapitre 5

    Printemps 1885 - Marthe

    Chapitre 6 - 

  • [DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie
    Martial avait été réveillé bien avant l'aube par les aboiements intempestifs de Gambetta. Il s'était empressé de se lever pour le faire taire avant que sa jeune épouse ne soit à son tour réveillée.

    [DC] Printemps 1885 - Martial & Léonie

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    Renonçant à se recoucher, il avait prestement enfilé ses vêtements et en avait profité pour s'occuper de son jardin tandis que les premiers rayons de ce soleil printanier baignaient le ciel matinal d'une lueur crue.

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    «Veille bien sur ta maîtresse en mon absence!», avait-il ensuite enjoint Gambetta avant de partir sur sa parcelle de châtaigniers pour y couper du bois.

    Quelque soit la saison, Martial était toujours occupé à travailler, même durant les périodes les moins chargées. Il y avait toujours quelque chose à faire dans une ferme. L'hiver était réservé à la réparation des outils. Quand le printemps revenait et si le temps le permettait, il travaillait dans les prés à curer les rases d'irrigation, élaguer les haies, détruire les taupinières. Bientôt arriverait la tonte des moutons. Et puis l'éreintante période des moissons. Et alors, l'hiver serait bientôt aux portes et tout recommencerait.

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    Gambetta s'était assis au pied du lit où dormait sa maîtresse, attendant sagement un réveil qui ne venait pas, avant d'affaler sa grosse tête entre ses pattes.

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    Quelques heures plus tard, Gribouille, après avoir chassé de la cuisine cette coquine de Coquette qui s'obstinait à se faufiler dans la maison, s'était mise à la pourchasser à travers le jardin pour lui passer l'envie de recommencer, avant de perdre sa trace. Où pouvait bien se cacher cette trublionne à plumes aussi rebelle qu'indésirable ? La maison était le territoire réservé à elle et Gambetta, les favoris du maître. Dommage qu'elle ne puisse pas en déloger de la même manière l'humaine qui avait pris sa place dans le lit du maître, la reléguant au pied de l'âtre...

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    Le soleil était déjà haut dans le ciel quand Léonie émergea d'un lourd sommeil sans rêve. La maison était silencieuse, à part la rumeur des bêtes dans l'étable qui avait bercé toute sa nuit. L'odeur de purin avait disparu et Léonie, surprise, se rendit compte que son mari avait nettoyé l'étable sans que ce bruit la réveillât. Devait-elle être recrue de fatigue, de chagrin et d'émotions pour s'être endormie si profondément et sans crier gare ? Elle chassa autant qu'elle le put les images de sa nuit de noces. Cela avait été aussi désagréable et dégoûtant que ce que sa mère lui avait dit.

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    Elle engloutit le petit-déjeuner que Martial lui avait laissé au chaud, enfila un corsage propre et chercha à s'occuper les mains pour mieux endormir son esprit. Mais Martial avait déjà effectué la plupart des tâches dévolues normalement à sa femme : le jardin, la basse-cour, les ruches. Aucun linge à laver mais une pile propre et soigneusement rangée dans le coffre. Lambert lavait-il donc lui-même son linge ? Frustrée d'avancer en terrain inconnu, Léonie remit ces questions à plus tard.

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    Elle eut vite fini la vaisselle du matin mais le désœuvrement ramena ses pensées moroses. Elle avait, un moment, follement espéré que son mari ne soit impuissant, ce qui aurait constitué un motif suffisant pour demander l'annulation du mariage. Mais Lambert avait bel et bien fait d'elle sa femme la nuit dernière, même si l'acte en lui-même n'avait duré, Dieu merci, que le temps de réciter un Ave Maria et un Pater Noster !

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    Le pire, c'est qu'elle n'arrivait pas à le haïr. Il s'était montré si doux, si tendre, si attentionné. Quand elle avait entendu la porte s'ouvrir et les pas de Lambert se rapprocher, elle avait été momentanément envahie par un sentiment de panique. Elle avait ensuite senti le matelas s'enfoncer sous le poids de son corps et le temps s'était un instant suspendu, comme s'il prenait le temps de la contempler. Mais elle serrait toujours très fort les paupières pour ne pas avoir à le regarder. Elle avait sursauté quand sa grande main calleuse, celle qui maniait la houe et la faux, lui avait caressé tendrement la joue, avant que ses lèvres ne l'embrassent à cet endroit puis ne descendent lentement vers son cou. Léonie n'avait pas osé bouger, s'efforçant d'obéir aux recommandations de sa mère. Mais elle s'était senti troublée par la proximité de ce grand corps d'homme qui sentait bon le savon et dont elle avait effleuré par mégarde le ventre musculeux, avant de brusquement rejeter sa main au loin, honteuse que son mari se méprît sur son geste involontaire. Faisant appel à toute sa volonté, elle s'était évertuée à rester de marbre sous ses caresses mais quand elle avait senti une main tenter de remonter le long de sa jambe sous la chemise de nuit, elle n'avait pu s'empêcher de réagir.

    «Oh mais non, mais non, mais non ! S'était-elle écriée, choquée. Que faites-vous donc?»

    Martial s'était redressé, embarrassé.

    «Je... Vou-vou-vou voulez-vous que je-je-je vous laisse dormir?»

    Léonie aurait dû saisir la chance qu'il lui donnait de repousser le moment fatidique, mais puisque de toute manière il lui faudrait finir toujours par là, pourquoi plus tard ? C'était la deuxième fois qu'elle le regardait vraiment depuis leur mariage, et pour la deuxième fois, elle avait été touchée par la beauté de ses traits et la gentillesse de son regard. Il alliait une mâchoire virile à des yeux bleu-vert à l'expression insupportablement vulnérable, et elle n'avait pu résister à l'émotion qui l'avait un instant étreinte. Elle avait incliné la tête dans un geste de soumission. Et ensuite, longtemps après qu'il se fut endormi, elle cherchait toujours le sommeil. Toute cette situation nouvelle et si intime - le poids de son bras sur sa taille, la chaleur de son corps si proche - l'avait maintenu éveillée jusqu'à l'aube...

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    Quand Léonie passa à l'arrière de la maison, Gambetta se jeta sur elle pour lui faire la fête, la tirant de ses pensées confuses. Après lui avoir grattouillé les oreilles, elle décida de se changer les idées en partant avec lui pour une longue promenade à travers la campagne. Elle trouvait toujours du réconfort dans le spectacle de la nature, et cette fois ne fit pas défaut aux autres. Car, même si elle redoutait de se retrouver face à M. Lambert, elle se dit qu'elle arriverait à s' accommoder de ses futures nuits avec son époux si cela durait aussi peu longtemps que la première fois...

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